Renault 8 Gordini Concept : l’icône change d’époque
Soixante-deux ans après l’apparition de la Renault 8 Gordini, Renault fait renaître la « Gorde » sous une forme aussi spectaculaire qu’inattendue : un coupé deux places électrique de 270 ch, à propulsion, conçu comme un exemplaire unique. Derrière une silhouette radicalement contemporaine, Renault 8 Gordini Concept multiplie pourtant les références à son illustre ancêtre. Double bande blanche, Bleu de France, six projecteurs, passages de roues, architecture arrière ou instrumentation : nous avons regardé en détail ce que cette Gordini de 2026 conserve réellement de celle de 1964.
Une nouvelle Gordini, mais pas une R8 électrique de série
Son nom suffit à susciter des attentes. Pourtant, Renault 8 Gordini Concept n’annonce pas, à ce stade, le retour commercial de la R8 Gordini. Renault présente cette automobile comme un concept-car unique destiné à faire dialoguer son patrimoine et sa création contemporaine.
La démarche n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle. Depuis plusieurs années, Renault revisite ponctuellement certains modèles de son histoire à travers des créations spécifiques. Après Renault 5 Diamant ou le show-car R17 electric restomod x Ora Ïto, c’est cette fois l’une des icônes les plus fortes du sport automobile français qui sert de point de départ.
Le résultat ne cherche pas à reproduire littéralement la voiture de 1964. Le concept mesure 4,12 mètres de long, 1,88 mètre de large et seulement 1,27 mètre de haut. Il repose sur des roues de 19 pouces à l’avant et 20 pouces à l’arrière et adopte une carrosserie de coupé deux portes et deux places. Surtout, la mécanique thermique laisse place à un moteur électrique de 270 ch entraînant les roues arrière.
1964 : quand la Renault 8 devient « la Gorde »
Pour comprendre le choix de Renault, il faut revenir à 1964. La Renault 8 Gordini ne naît pas comme une sportive inaccessible mais comme la transformation radicale d’une automobile de grande série. Préparée sous l’impulsion d’Amédée Gordini, elle reçoit notamment des trains roulants revus, un freinage amélioré et un moteur développant 95 ch, presque deux fois la puissance d’une Renault 8 ordinaire de l’époque.
Deux ans plus tard, la « Gorde » évolue encore. Sa mécanique passe à 1 255 cm³ — couramment désignée comme la version 1 300 — et s’accompagne d’une boîte à cinq rapports. Selon les versions, la puissance atteint jusqu’à 110 ch et la vitesse maximale 175 km/h.
Ces chiffres peuvent sembler modestes plus de soixante ans plus tard. Ils prennent une autre dimension replacés dans leur époque : la Renault 8 Gordini proposait à des conducteurs passionnés une véritable automobile sportive dérivée d’un modèle familier. Renault la décrit aujourd’hui comme une sorte de « GTI avant l’heure ».
Une réputation construite en compétition
La légende ne tient pas uniquement à sa peinture bleue. Le palmarès et la Coupe Nationale Renault 8 Gordini ont largement participé à transformer une petite berline sportive en phénomène générationnel.
La Coupe devient une véritable école du pilotage et accompagne l’émergence de noms qui marqueront ensuite le sport automobile français : Jean-Claude Andruet, Jean-Pierre Jabouille, Jean Ragnotti, Jean-Luc Thérier et bien d’autres.
Au total, Renault indique avoir produit plus de 11 800 Renault 8 Gordini entre 1964 et 1970. Peu de modèles auront eu besoin d’un nombre aussi limité d’exemplaires pour laisser une empreinte aussi durable.
Deux silhouettes, un même esprit ?
Le rapprochement devient particulièrement parlant lorsque l’on oublie un instant les générations et que l’on compare architecture, proportions et intentions.
roues arrière motrices
propulsion
selon version
selon version
quatre portes
deux places
270 ch électriques, mais toujours la propulsion
Le changement de technologie est évidemment spectaculaire. Le quatre-cylindres de la Gordini historique disparaît au profit d’une motorisation entièrement électrique de 270 ch. Mais Renault a conservé un principe fondamental : la propulsion.
Ce choix n’est pas anodin. Sur la Renault 8 originelle, le moteur longitudinal était installé derrière l’habitacle et entraînait les roues arrière. Cette architecture contribuait largement au caractère de la voiture, réputée aussi efficace qu’exigeante lorsqu’elle était menée rapidement.
Le concept transpose visuellement cette idée. Son arrière très large, ses ailes particulièrement développées et ses roues plus grandes à l’arrière qu’à l’avant accentuent l’impression d’une automobile poussée par son train arrière. Même débarrassée de son moteur thermique, la Gordini conserve ainsi l’un de ses marqueurs fondamentaux.
Six phares : un visage de Gordini réinventé
Vue de face, la filiation apparaît immédiatement. La calandre traditionnelle disparaît, mais Renault conserve la face biseautée et surtout les projecteurs circulaires qui caractérisaient les versions engagées en rallye.
Ils sont désormais six, traités comme des éléments tridimensionnels enchâssés dans la carrosserie. Plutôt que d’ajouter deux projecteurs longue portée devant une voiture existante, comme autrefois, les designers les intègrent directement à la signature lumineuse.
Les passages de roues reprennent eux aussi leur forme volontairement rectangulaire. Agrandis et fortement sculptés, ils participent à cette impression de largeur extrême sans pour autant reproduire servilement la carrosserie ancienne.
La double bande blanche devient une pièce du design
Il était pratiquement impossible d’imaginer une Gordini sans elle. Sur la voiture historique, les deux bandes blanches traversant la carrosserie bleue étaient devenues une signature instantanément reconnaissable.
Le concept les conserve mais leur attribue un rôle beaucoup plus important. Elles ne sont plus simplement appliquées sur la carrosserie : elles servent d’axe à plusieurs éléments du dessin, jusqu’au traitement des grilles et de certaines signatures lumineuses. Elles pénètrent même dans l’habitacle en se prolongeant sur la partie supérieure de la planche de bord, où le blanc cède sa place au bleu.
Le Bleu de France n’a pas disparu
Autre élément indissociable de la « Gorde » : son bleu. Renault ne s’est pas contenté d’appliquer une teinte historique à une carrosserie moderne. Le Bleu de France a été réinterprété à travers une peinture tricouche utilisant notamment de la nacre et un liant teinté bleu.
Selon Renault, cette construction permet au bleu historique de réapparaître davantage sur certaines arêtes lorsque la lumière frappe la carrosserie. Un détail qui prend tout son sens sur un concept dont les volumes sont beaucoup plus sculptés que ceux de son ancêtre.
Des références historiques jusque dans les détails
Le travail ne s’arrête pas aux éléments les plus évidents. La ligne latérale qui évoquait autrefois une baguette chromée est désormais directement sculptée dans la tôle. L’embossage qui longeait la ceinture de caisse est lui aussi réinterprété, mais acquiert cette fois une fonction aérodynamique en guidant l’air vers une ouverture.
On retrouve également les rétroviseurs en forme d’obus, certaines grilles d’aération, le dessin carré des passages de roues ou encore un nouveau lettrage Gordini inspiré du badge de 1964.
Même le chiffre 8 devient un élément graphique : Renault a créé un emblème spécifique construit à partir de huit segments. Ce sont précisément ces détails qui empêchent le concept de devenir une simple automobile moderne peinte en bleu et blanc.
Un intérieur qui préfère l’aluminium aux écrans géants
L’intérieur est peut-être l’une des interprétations les plus intéressantes du projet. La Renault 8 historique possédait une planche de bord simple, organisée autour de cadrans ronds. Renault reprend ce principe sous la forme d’une lame horizontale en aluminium brossé portant plusieurs instruments circulaires.
Ces cadrans sont en réalité numériques, mais le choix de leur forme et de leur disposition évite l’apparence d’une grande dalle numérique contemporaine. Le résultat entretient ainsi la référence historique sans tenter de reconstruire un tableau de bord des années 1960.
La démarche dite « café racer » se retrouve également dans le choix des matériaux. Les plastiques sont volontairement écartés au profit de l’aluminium brossé et de l’Alcantara. Les sièges baquets noirs reçoivent en leur centre un velours côtelé bleu évoquant les sièges beaucoup plus simples de la voiture d’époque.
Même les surpiqûres des contreportes font référence au sport automobile en rappelant le graphisme des vibreurs d’un circuit. Au centre de la planche de bord, un petit déclencheur rouge pour le chronomètre vient rompre la sobriété générale.
Plus de 300 dessins pour imaginer la Gordini de 2026
La genèse du projet est elle aussi inhabituelle. Renault a organisé un concours interne auprès de ses designers. Plus de 300 esquisses ont été proposées, allant de visions très rétro à des interprétations futuristes ou proches d’une GT.
Deux projets ont finalement été sélectionnés et développés sous forme de maquettes à l’échelle 2/5. Plutôt que d’en choisir simplement un, les équipes Renault ont fait émerger une troisième proposition combinant des éléments issus des deux pistes.
Contrairement au R17 electric restomod développé avec Ora Ïto, Renault 8 Gordini Concept est donc une création entièrement réalisée par les équipes Renault.
La Renault 8 Gordini Concept sera-t-elle commercialisée ?
À ce jour, Renault n’annonce ni commercialisation, ni prix, ni production en série pour Renault 8 Gordini Concept. La voiture est présentée comme un exemplaire unique et comme un exercice de style destiné à nourrir le patrimoine de la marque.
Il faut donc distinguer ce projet des modèles néo-rétro effectivement produits par Renault. Ici, la vocation est avant tout culturelle et stylistique : montrer qu’une automobile vieille de plus de soixante ans peut encore servir de matériau créatif sans être simplement copiée.
Où voir la Renault 8 Gordini Concept ?
Présentée pour la première fois le 24 septembre 2026 lors du défilé Renault, Renault 8 Gordini Concept doit ensuite rejoindre le stand du constructeur au Mondial de l’Auto de Paris, organisé du 12 au 18 octobre 2026.
À plus long terme, le concept a vocation à rejoindre le patrimoine Renault aux côtés des véhicules historiques, archives et œuvres de la marque dans le futur musée consacré aux Collections Renault à Flins.
Une Gordini reconnaissable sans être une copie
C’est probablement ce qui rend cette Renault 8 Gordini Concept plus intéressante qu’un simple exercice néo-rétro. Elle ne cherche ni à dissimuler son époque ni à reproduire une Renault 8 en l’agrandissant.
La différence de proportions suffit à le montrer : presque aussi courte que son ancêtre, elle est beaucoup plus large et plus basse. Son moteur électrique de 270 ch n’a évidemment plus rien à voir avec le quatre-cylindres de la « Gorde ». Et pourtant, les roues arrière motrices, la silhouette campée sur son train arrière, la couleur, les doubles bandes, les optiques, les passages de roues et jusque dans la disposition des instruments créent une filiation immédiatement perceptible.
Plus de soixante ans après la première R8 Gordini, le défi n’était peut-être pas de faire revivre la même voiture. Il était de comprendre ce qui l’avait rendue reconnaissable.
Sur ce point, Renault 8 Gordini Concept livre une réponse particulièrement intéressante : la mémoire d’une automobile tient parfois davantage à quelques proportions, couleurs et détails justement choisis qu’à la reproduction exacte de sa carrosserie.
Sources : Renault Media — dossier de presse « Renault 8 Gordini Concept, quand l’icône de la propulsion rencontre l’ère électrique », 24 septembre 2026 ; The Originals Renault — Renault 8 Gordini.
Photos : Renault — visuels presse utilisés dans le cadre éditorial autorisé par le constructeur.